15 – Prise de guerre

Contrainte du jour ne se trouve pas si simple qu’il n’y parait et j’espère que cette narration en double époque ne vous perturbe pas trop. L’histoire se dessine peu à peu, lentement, me direz-vous, mais vous connaissez sans doute la vitesse Diesel de mon écriture. Sachez cependant que l’idée de fond prend forme même si elle risque de subir quelques chamboulements que les mots m’imposeront.

Merci à ceux qui suivent cet exercice quotidien qui débouchera peut-être sur une histoire 🙂

Contrainte : Bière, viking, mer, feu, braise(s), folie, plénitude, fiacre, viscéral-e-es

 

15 – Prise de guerre

Il sirote sa bière sans me lâcher du regard, soupèse peut-être le potentiel de sa prise.

Je baisse les yeux, troublée par son calme d’une plénitude à l’encontre des dernières minutes.

Un ordre impérieux, un « lâchez-là » tranchant m’ont sorti des griffes du type éméché décidé à m’expliquer les subtilités d’un club libertin réputé pour les jeux organisés par ses membres. Brice s’est chargé de m’affranchir et a établi une liste précise pour m’aguicher ou au contraire me persuader qu’il représentait un moindre risque.

Les deux hommes se sont affrontés comme deux coqs de combat, ont créé en quelques secondes une tension palpable autour de nous. Deux individus se sont précipités pour éviter une échauffourée musclée. Ils ont embarqué l’éméché, l’ont gentiment reconduit à la porte manu-militari, sans autre forme de procès ou d’explication de notre part.

L’embarras, les regards curieux des personnes autour de moi m’ont mise mal à l’aise. Mon inconnu n’a pas cherché à profiter de la situation. Il s’est simplement détourné avec indifférence.

— Venez, m’a-t-il engagé à le suivre.

J’ai obéi sans broncher, ébranlée par mon envie soudaine de découvrir de lui tout ce qu’il me dévoilera.

D’un pas assuré, il m’a guidé parmi la foule des danseurs et s’est dirigé vers une porte close surveillée par un géant viking imperturbable. Un mot et nous avons franchi le seuil de la partie « privée » du club, le centre névralgique des échanges entre adultes consentants.

Quelques pas et nous avons pénétré dans un salon transformé en bar tel que je les imagine dans les cercles privés pour hommes de la bonne société anglaise. Bois, cuir, chrome, le ton donné ne ressemble en rien à ce à quoi je m’attendais, des idées de luxe tapageur ou de décor glauque à la mode moyen-âge.

Il m’a invité à m’installer à une petite table dans un coin du bar, à quelques mètres de la cheminée où flambe un feu crépitant. Les braises rougeoyantes teintent les fauteuils club de lueurs pourpres.

Je m’y attache du regard pour écarter les questions qui me traversent le crâne. La peur viscérale de l’inconnu, de la folie que je m’apprête à faire me tétanise sur place.

Je passe par des hauts et des bas, des envies de tester par moi-même et de fuir à toutes jambes. Je me croyais plus forte, plus déterminée. Je me sens faible et indécise sous son inquisition silencieuse.

— Buvez. Vous ne craignez rien, Fiacre veille toujours à ce que ses cocktails soient inoffensifs.

Je contemple le dégradé bleu outre-mer du breuvage qu’il m’a offert.

— Je…

Les mots sortent à peine de ma bouche sèche.

— Je n’ai pas pour habitude de droguer mes partenaires, mademoiselle. Buvez. À moins que vous préfériez repartir ?

— Non, je…

Le sourire ironique qu’il me dédie m’agace.

Me prend-il pour une oie blanche ?

Je saisis le verre aux formes arrondies, bois une gorgée dont j’apprécie la fraicheur et le gout acidulé.

Il rit de mon air combatif, avale une lampée de bière qui laisse sur sa lèvre supérieure une petite moustache de mousse blanche.

Je la fixe, troublée par cette infime trace.

L’effacer d’un coup de langue me titille tandis que son sourire se teinte de triomphe.

A suivre….

C’est court 500 mots, n’est-ce-pas ? Imaginez les trésors de patience dont je dois faire preuve moi aussi 🙂

Pour prendre un peu le large, petit texte court en image.

11-mars.png

Et les autres, n’ont toujours pas changé de place… A lire….

https://popinsetcris.wordpress.com/2018/03/11/11-03-une-contrainte-qui-nest-pas-de-la-petite-biere/#respond

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12 commentaires sur “15 – Prise de guerre

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  1. Bon jour,
    En fait 500 mots ni trop court ni trop long pour le lecteur. En fait vous pourriez varier entre mini et un maxi 🙂
    En fait vous faites un double défi en créant une histoire avec des mots imposés et créer avec ces mêmes mots un très court texte qui a d’autant de force qu’il se doit d’être cohérent …
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

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